CAC 40 : des résultats semestriels meilleurs que prévu, mais un marché toujours très sélectif

La saison des résultats semestriels a réservé une bonne surprise aux investisseurs. Dans un environnement pourtant marqué par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, les incertitudes sur l’inflation et la prudence des banques centrales, de nombreuses entreprises du CAC 40 ont fait preuve d’une confiance inhabituelle. Près d’un tiers des groupes qui communiquent des objectifs annuels ont relevé leurs prévisions, confirmant que les grandes entreprises françaises résistent mieux qu’attendu au ralentissement économique mondial.

Cette dynamique a permis au CAC 40 d’inscrire de nouveaux records historiques au-delà des 8700 points. Elle montre surtout que la composition de l’indice parisien lui offre plusieurs relais de croissance structurels. Le marché français ne compte certes aucun géant mondial du cloud ou de l’intelligence artificielle comparable aux grandes valeurs technologiques américaines. Il possède cependant de nombreux fournisseurs indispensables au développement de ces nouvelles infrastructures.

L’intelligence artificielle irrigue désormais une partie du CAC 40

Schneider Electric et Legrand illustrent parfaitement cette transformation. Les deux groupes profitent de l’essor des centres de données, de l’électrification des bâtiments et de la hausse des besoins en équipements électriques. Le développement de l’intelligence artificielle nécessite en effet des infrastructures capables de supporter une consommation d’énergie considérable, ainsi que des systèmes de refroidissement et de gestion électrique de plus en plus sophistiqués.

Legrand anticipe désormais une croissance organique de son chiffre d’affaires comprise entre 8 % et 10 %, contre une précédente prévision de 4 % à 7 %. Schneider Electric vise de son côté une progression organique comprise entre 10 % et 13 %, contre 7 % à 10 % auparavant. Ces révisions montrent que la demande ne ralentit pas, malgré les inquiétudes récurrentes sur une éventuelle bulle autour de l’intelligence artificielle.

Capgemini commence également à bénéficier de l’intérêt croissant des entreprises pour l’IA agentique. Le groupe reste toutefois davantage exposé aux cycles de dépenses informatiques de ses clients. Le potentiel existe, mais il devra se traduire par une accélération durable de la croissance et une amélioration de la rentabilité pour convaincre pleinement les investisseurs.

Un autre point commun entre ces entreprises est leur dépendance croissante aux États-Unis. Le marché américain devient progressivement leur principal moteur de développement, grâce à des investissements massifs dans les infrastructures numériques, énergétiques et industrielles. Cette exposition constitue une force, mais elle rend également leurs résultats plus sensibles à la politique monétaire américaine et aux fluctuations de l’euro face au dollar.

L’aéronautique, la santé et la consommation accélèrent

L’amélioration de l’activité entre le premier et le deuxième trimestre constitue l’un des enseignements les plus encourageants de cette saison. Airbus a notamment profité d’une hausse de ses livraisons. Après un chiffre d’affaires en recul de 7 % au premier trimestre, l’avionneur a enregistré une croissance de 12 % au deuxième. Son carnet de commandes reste exceptionnel, mais la capacité du groupe à augmenter ses cadences de production demeure déterminante.

Safran bénéficie pour sa part de la forte demande pour ses moteurs et ses services de maintenance. Le trafic aérien mondial continue de progresser malgré les tensions au Moyen-Orient. La demande n’est donc pas le principal problème du secteur : les difficultés concernent davantage les capacités de production, les chaînes d’approvisionnement et la disponibilité des équipements.

Dans la santé, Sanofi a affiché une accélération spectaculaire, avec une croissance de 16 % au deuxième trimestre, contre 6,2 % au premier, grâce au succès du Dupixent. Cette dépendance constitue néanmoins une source d’inquiétude. Les investisseurs cherchent déjà à savoir quels traitements pourront prendre le relais lorsque la protection du médicament commencera à s’affaiblir à l’approche de 2030.

L’Oréal a également accéléré, portée par les parfums, la dermatologie et les produits capillaires. Danone, Michelin et même certains constructeurs automobiles ont montré une amélioration séquentielle de leurs ventes. Cela ne signifie pas que tous les problèmes sont réglés, mais le scénario d’un ralentissement généralisé ne s’est pas matérialisé.

En Bourse, les attentes comptent autant que les résultats

Les réactions de cours montrent toutefois que les investisseurs restent très exigeants. Schneider Electric, Kering, Saint-Gobain, Bouygues ou Bureau Veritas ont bénéficié de publications meilleures que prévu ou de perspectives rassurantes. À l’inverse, Hermès a été sanctionné malgré des résultats solides, car sa valorisation élevée ne laisse presque aucune place à la déception.

Sanofi a également reculé, le marché se concentrant davantage sur l’après-Dupixent que sur les performances actuelles. Capgemini a subi des prises de bénéfices, tandis que Stellantis doit encore prouver que l’amélioration de ses ventes aux États-Unis correspond à une demande réelle et non à une accumulation de véhicules chez les concessionnaires.

La force de l’euro reste enfin un obstacle pour les groupes internationaux. Elle réduit la valeur des ventes réalisées en dollars lorsqu’elles sont converties en euros. L’impact a été particulièrement visible dans le luxe, l’aéronautique et la santé. LVMH a par exemple subi un effet négatif de change de 5 % sur ses facturations, tandis que Safran a enregistré un impact de 742 millions d’euros sur le semestre.

Le bilan demeure néanmoins favorable. Le CAC 40 profite de la solidité de ses leaders mondiaux, de son exposition à l’intelligence artificielle, à l’électrification, à l’aéronautique et à la consommation haut de gamme. Mais à proximité des records, la poursuite de la hausse dépendra moins des résultats déjà publiés que de la capacité des entreprises à confirmer leurs objectifs au second semestre.

Antoine Fraysse-Soulier est responsable de l’analyse des Marchés chez eToro. Ayant plus de quinze ans d’expérience en finance de marché (Brokers, Asset Managers), il nous a rejoint en 2019 pour partager sa connaissance et son expérience à toute la communauté eToro.

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