Les marchés boursiers européens démarrent l’année 2026 sur une note particulièrement solide. Le DAX 40 allemand, l’IBEX 35 espagnol et même le CAC 40 français ont inscrit de nouveaux records en Bourse, le CAC atteignant pour la première fois de son histoire, les 8400 points ce matin.
Les indices européens sont portés par un trio sectoriel identifié, les valeurs industrielles, la défense et les banques. Une configuration qui tranche nettement avec Wall Street, plus hésitante, et qui pose une question centrale pour les investisseurs.
Cette surperformance européenne peut-elle durer, alors que l’histoire montre que les États-Unis finissent presque toujours par reprendre l’avantage ?
Ce bon début d’année ne doit rien au hasard. Il s’inscrit dans un contexte macro et sectoriel particulièrement favorable à l’Europe. D’abord, le cycle des taux d’intérêt reste porteur pour les banques européennes, dont la rentabilité s’est nettement redressée après une décennie de taux négatifs.
Ensuite, les industriels bénéficient de plusieurs moteurs simultanés : réarmement du continent, investissements massifs dans les infrastructures, transition énergétique et relocalisation de certaines chaînes de valeur.
Enfin, le secteur de la défense profite d’une visibilité budgétaire inédite, avec des programmes étalés sur plusieurs années.
À cela s’ajoute le facteur clé des valorisations. Malgré la hausse récente, les actions européennes restent globalement moins chères que leurs homologues américaines. Par exemple, le Ratio Cours/Bénéfice (PER) prévisionnel pour 2026 du CAC 40 se maintient à un niveau de 16,3 fois, ce qui est bien inférieur au multiple de 28 fois atteint en 2000, au pic de la bulle Internet. Même si le CAC 40 atteignait 9 000 points, le PER resterait modéré à 17,8 fois. A contrario, le Nasdaq 100 s’échange à plus de 22 fois les bénéfices, seuil bien plus élevé.
Autrement dit, le marché européen dispose encore d’un certain « coussin » en cas de déception macroéconomique, là où Wall Street, très concentrée sur quelques géants technologiques, est beaucoup plus sensible au moindre faux pas sur les résultats ou sur les perspectives.
Pour autant, il serait imprudent d’enterrer trop vite Wall Street. L’histoire des marchés montre que les phases de surperformance européenne existent, mais qu’elles sont rarement durables. Les États-Unis conservent des avantages décisifs comme une capacité d’innovation largement supérieure, notamment dans la technologie et l’intelligence artificielle, une croissance bénéficiaire plus dynamique, et une profondeur de marché qui attire naturellement les flux internationaux dès que la visibilité s’améliore ou que la volatilité augmente.
Le véritable enjeu pour 2026 est donc celui du timing. Tant que les taux restent relativement élevés, que la rotation sectorielle se poursuit et que les investissements publics européens se matérialisent concrètement, l’Europe pourrait conserver un leadership relatif.
En revanche, un retour marqué de la croissance américaine, une accélération tangible des profits liés à l’IA ou un cycle de baisse des taux plus agressif de la Réserve fédérale pourraient rapidement redonner l’avantage à Wall Street.

Antoine Fraysse-Soulier est responsable de l’analyse des Marchés chez eToro. Ayant plus de quinze ans d’expérience en finance de marché (Brokers, Asset Managers), il nous a rejoint en 2019 pour partager sa connaissance et son expérience à toute la communauté eToro.
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