Hausse des taux au Japon : quels impacts sur la Bourse et les investisseurs ?

Après des années de stagnation proche de zéro, le rendement des obligations d’État japonaises à 10 ans (JGB) s’envole en cette fin d’année, frôlant les 2 % (plus haut depuis 2007) et surtout, le taux à 20 ans a atteint 2,95%, soit un record absolu. Pour un pays habitué à des taux très bas, voire négatifs entre (2016 et 2020) il s’agit d’un bouleversement majeur.

Qu’est-ce qui explique cette flambée ? 

Une inflation tenace et un déficit budgétaire chronique. Le Japon connaît enfin l’inflation qu’il attendait depuis des années, mais cette fois-ci, elle est là pour durer. L’indice des prix à la consommation se maintient autour de 3 % depuis 2022, bien au-dessus de l’objectif de la Banque du Japon, tandis que les taux directeurs sont restés quasiment inchangés.

Ajoutez à cela, une dette qui ne cesse d’augmenter, à 237 % du PIB (un record parmi l’ensemble des pays de l’OCDE), et un bilan de la Banque du Japon saturé d’obligations à long terme (plus sensibles aux variations des taux d’intérêt), et vous comprendrez pourquoi la dernière adjudication d’obligations d’État japonaises à 10 ans s’est déroulée dans un climat de forte tension.

La BoJ (Bank of Japan) est aujourd’hui confrontée au même problème que la Réserve fédérale américaine (Fed) lors du cycle de hausse des taux de 2022-2023 ; à savoir des pertes importantes à la valeur de marché, sur l’immense portefeuille obligataire accumulé pendant les années de quantitative easing (QE).

Les investisseurs exigent donc une compensation pour la hausse des risques, et les taux d’intérêts augmentent en conséquence.

Mais pourquoi les investisseurs internationaux s’en préoccupent ? 

Cela peut s’expliquer par le fait que les mouvements du Japon ne restent pas confinés au Japon. Le Japon est l’un des plus gros acheteurs au monde de bons du Trésor américain et d‘obligations souveraines. Lorsque les rendements des obligations d’État japonaises (JGB) s’envolent, les opérations de portage (Carry Trade) se dénouent, et accentuent la volatilité des actions.

Car depuis des décennies, les investisseurs ont emprunté des actifs risqués à très bas coûts en yens (car les taux d’intérêts ne sont pas chers), ce qu’on appelle communément le Carry Trade.

Cependant, la seule perspective d’une hausse des taux directeurs par la banque centrale menace de déstabiliser l’ensemble du système. Un renchérissement soudain de l’emprunt en yens rend l’arbitrage consistant à emprunter à faible coût pour investir ailleurs, ce qui a engendré une forte volatilité sur la Bourse japonaise, le Nikkei 225, mais aussi le flash krach durant l’été 2024.

Quels seraient les gagnants et les perdants en Bourse ?

Cette perspective de normalisation monétaire au Japon n’est pas neutre pour les marchés actions locaux et pourrait provoquer une profonde rotation sectorielle. Les principaux bénéficiaires d’une hausse des taux de la Banque du Japon seraient d’abord les institutions financières, longtemps pénalisées par les taux négatifs. Les grandes banques japonaises comme Mitsubishi UFJ Financial Group, Sumitomo Mitsui Financial Group ou Mizuho Financial Group verraient leurs marges d’intérêt s’améliorer mécaniquement, mettant fin à deux décennies de compression de la rentabilité bancaire.

La hausse de la volatilité liée au dénouement partiel du carry trade pourrait soutenir l’activité des courtiers et banques d’investissement comme Nomura ou Daiwa Securities, via une augmentation des volumes de trading et des arbitrages internationaux.

À l’inverse, un relèvement durable des taux augmenterait la probabilité d’une appréciation du yen, ce qui pèserait sur les grands exportateurs japonais tels que Toyota, Sony, Nintendo ou Canon, dont la compétitivité et les bénéfices restent étroitement liés à la faiblesse de la devise.

En bref, si les rendements des JGB continuent de grimper, la partie « sûre » des portefeuilles mondiaux pourrait être perturbée et cela pourrait se répercuter sur l’ensemble des Bourses mondiales.

Un cycle de hausse de taux de la Banque centrale du Japon pourrait constituer une source de contrariété, au scénario haussier des marchés boursiers en 2026.

Antoine Fraysse-Soulier est responsable de l’analyse des Marchés chez eToro. Ayant plus de quinze ans d’expérience en finance de marché (Brokers, Asset Managers), il nous a rejoint en 2019 pour partager sa connaissance et son expérience à toute la communauté eToro.

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