Les marchés financiers traversent actuellement une phase de dissonance rare face à la révolution de l’intelligence artificielle. D’un côté, jamais les investissements n’ont été aussi massifs ; de l’autre, jamais les craintes n’ont semblé aussi systémiques. Cette tension se matérialise par des ventes brutales et une volatilité accrue sur les marchés boursiers.
L’explosion des capex des hyperscalers : pari industriel ou fuite en avant ?
Le premier point d’attention concerne l’ampleur inédite des dépenses d’investissement des géants technologiques.
En 2026, Microsoft, Alphabet, Meta et Amazon prévoient à eux seuls plus de 600 milliards de dollars de capex (dépenses d’investissements), soit environ 1,6 milliard par jour et près de 240 milliards supplémentaires par rapport à 2025. Amazon évoque 200 milliards, Alphabet 185 milliards, Microsoft plus de 100 milliards, tandis que Meta pourrait dépenser jusqu’à 135 milliards avec notamment un data center géant en Louisiane.
Ces groupes, ayant des business models d’éditeurs de logiciels ou de publicités numériques, s’orientent maintenant vers une stratégie d’infrastructures lourdes, incluant les centres de données, les puces, la robotique et les satellites.
Deux inquiétudes en découlent :
- Monétisation encore limitée : pour l’instant, la ruée vers l’IA profite surtout aux fabricants de semi-conducteurs.
- Recours massif à l’endettement : jusqu’à 250–300 milliards de dette pourraient être émis pour financer ces infrastructures, via dette privée ou montages hors bilan.
Le marché s’interroge donc : s’agit-il d’un investissement fondateur comparable aux réseaux Internet… ou d’une bulle de surcapacité ?
La contagion boursière
La deuxième dynamique clé concerne la peur d’une disruption économique massive liée à l’IA.
Paradoxalement, alors même que les marchés doutent du ROI des investissements, ils redoutent simultanément que l’IA remplace des pans entiers de l’économie.
Les premiers touchés ont été les éditeurs de logiciels, en baisse d’environ 20 % depuis janvier. Le choc s’est accentué avec les annonces d’Anthropic, capables d’automatiser des tâches juridiques, financières ou de développement logiciel auparavant monétisées via SaaS.
Mais l’effet domino ne s’est pas arrêté là :
- Gérants d’actifs : chute de Charles Schwab, LPL Financial ou Raymond James après l’arrivée d’outils d’optimisation fiscale automatisée.
- Private equity : repli de groupes exposés à la tech comme EQT, TPG ou Blue Owl.
- Courtage & wealth management : menace directe sur les revenus de conseils.
- Transport & logistique : sanctionnés après des annonces d’optimisation IA des chaînes d’approvisionnement.
- Immobilier de bureaux : pression liée au risque de substitution du travail humain.
On assiste ainsi à une extension horizontale du risque IA, où toute industrie comportant des fonctions automatisables devient vulnérable en Bourse, parfois sans impact fondamental immédiat.
Le consensus macro : productivité, croissance… et politique monétaire
Le consensus économique américain en faveur de l’IA reste extrêmement solide. Malgré la volatilité boursière, décideurs publics, économistes et banquiers centraux convergent vers une même lecture : l’IA serait un choc positif de productivité.
Les premiers signaux émergent déjà. La Productivité US a été en hausse de +4,9 % au T3 2025, et il y a une anticipation d’une croissance tirée davantage par l’innovation que par l’emploi.
Certains, comme Kevin Warsh, futur président de la Fed évoquent même une nouvelle ère permettant de baisser les taux sans risque inflationniste (un scénario rappelant l’ère Greenspan et l’essor d’Internet dans les années 1990).
Autrement dit, là où les marchés voient une menace microéconomique à court terme, les macro-économistes perçoivent un levier structurel de croissance.
Conclusion : la foi technologique demeure intacte
Malgré les critiques sur les capex, la peur de destruction d’emplois et les rotations sectorielles, un point reste inchangé : la conviction que l’IA constitue une révolution industrielle majeure.
Les hyperscalers ne ralentissent pas leurs investissements. Les économistes anticipent un choc de productivité. Les marchés, eux, oscillent entre euphorie infrastructurelle et panique disruptive.
Comme souvent dans les grandes transitions technologiques, la Bourse peine à arbitrer entre gagnants futurs et victimes potentielles.
Mais une chose semble acquise, la création de valeur liée à l’IA dépassera largement les niveaux de valorisation actuels, même si le chemin pour y parvenir restera chaotique.
Cette communication promeut uniquement des actions et à des fins d’information et d’éducation et ne doit pas être considérée comme un conseil d’investissement, une recommandation personnelle ou une offre ou une sollicitation d’achat ou de vente d’instruments financiers. Ce document a été élaboré sans aucune considération à l’égard d’un quelconque objectif d’investissement ou de la situation financière du destinataire, et n’a pas été élaboré conformément aux exigences légales et réglementaires visant à promouvoir une recherche indépendante. Toute référence aux performances passées ou futures d’un instrument financier, indice ou ensemble de produits d’investissement n’est pas, et ne devrait pas être considérée comme un indicateur fiable des résultats futurs. eToro n’accorde aucune garantie et n’assume aucune responsabilité concernant la précision ou l’exhaustivité de cette publication.
Les performances passées ne sont pas garantes des résultats futurs.
